Le mouvement Ena Zeda

En octobre 2019, #EnaZeda (le #MeToo tunisien), un mouvement contre le harcèlement sexuel et les violences sexuelles se déclenche en Tunisie. Une affaire d’harcèlement sexuel impliquant un député éclate au grand jour avec des photos de l’accusé se masturbant dans sa voiture qui circulent sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, le hashtag EnaZeda commence à se répandre comme une trainée de poudre.

Aswat Nissa, ayant suivi l’affaire de très près en allant à la rencontre de la jeune victime d’harcèlement sexuel, décide de lancer un groupe Facebeook #EnaZeda afin de soutenir la lycéenne mais aussi afin de former une communauté où les victimes de violences sexuelles pourraient s’exprimer. En l’espace de quelques mois, le groupe a réuni des centaines de témoignages et près de 40.000 membres (août 2020).

Afin de pérenniser ce mouvement ayant permis de briser le tabou des violences sexuelles, Aswat Nissa a entrepris plusieurs actions.

Soutien aux victimes  

Le premier objectif du groupe était de créer un espace safe pour les victimes de violences sexuelles afin qu’elles puissant partager leur témoignage et exorciser le mal être et le traumatisme qu’elles ont vécu. C’était très vite évident qu’il faillait les soutenir et mettre à leur disposition un appui psychologique et c’est ainsi que nous avons commencé l’expérience des groupe d’écoute pour les victimes avec des psychologues.

 Plusieurs affaires d’harcèlements sexuels exposées suite au lancement du mouvement :

Suite au lancement du mouvement sur les réseaux sociaux, plusieurs histoires d’harcèlement sexuels ont éclaté au grand jour. Les plus notables impliquant des enseignants (universitaire et secondaire) ont été à l’origine du slogan «المتحرش ما يقريش » « l’harceleur n’enseigne pas » qui a été utilisé par des étudiantes de l’Ecole normale supérieure pour dénoncer les pratiques d’harcèlement d’un de leur professeur via une pétition au sein de l’établissement.  L’affaire a été prise au sérieux par le ministre de l’Enseignement et l’accusé a finalement été suspendu le 26 décembre 2019. Ce même slogan a été repris par Aswat Nissa lors de la conférence de presse autour de l’affaire impliquant un enseignant secondaire accusé de harcèlement sexuel par son élève. L’objectif de cette conférence de presse, comme celui des précédentes conférences organisées par l’ONG, était d’éclairer l’opinion publique et les médias sur l’état d’avancement de l’affaire. Deux conférences de presses ont d’ailleurs eu lieux autour de l’affaire ayant permis de lancer le mouvement EnaZeda (affaire du député) en présence du comité d’avocat(e)s de la victime.

Manifestations et sensibilisations :

Outre les conférences de presse, Aswat Nissa a organisé des manifestations et des campagnes de sensibilisation afin de briser davantage les tabous autour du sujet des violences sexuelles.

La première manifestation a eu lieu devant le parlement à la date symbolique de la séance d’ouverture de la 2ème législature 2019-2024 afin de dénoncer la présence du député accusé de harcèlement sexuel. La seconde a eu lieu devant le tribunal de première instance à Sidi Bouzid afin de faire entendre les voix des victimes.

En mars 2020, Aswat Nissa a décidé de lancer une campagne en se basant sur les témoignages reçus dans le groupe #EnaZeda. Ladite campagne s’est déroulée dans plusieurs universités du pays, notamment à l’université de Jarzouna à Bizerte afin de les familiariser les étudiant(e)s avec les dispositions de la loi 58 relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Ce qui n’était à la base qu’un hashtag sur les réseaux sociaux et devenu en l’espace de quelques mois un réel mouvement social sans précédent en Tunisie. EanZeda a insufflé du courage à plusieurs victimes pour sortir du silence et porter plainte contre leur agresseur.